Il s'interrompit ici pour ajouter.

—Garçon, arrange cela toi-même; c'est moi qui signe, et M. mon ami de Soleyrac ne me refusera certes point. Il s'agit de t'obtenir quinze jours de congé en plus pour que nous ayons le temps de dresser deux mémoires qui doivent être de purs chefs-d'œuvre: un pour le roi, qui ne le lira pas, l'autre pour le ministre, qui le jettera au panier...

—Savoir! fit Nicolas.

—Ah! ah! s'écria le bonhomme, dont l'œil étincela tout à coup. Voilà une idée qui a été bien longtemps à te venir!

—Quelle idée? demanda le chevalier.

—L'idée de donner un coup d'épaule à ton vieil ami, garçon; l'idée de prendre une poignée de ses papiers dans ta poche et d'aller à l'hôtel de Choiseul, dire à ce petit Stainville... à Monseigneur le duc, pour parler mieux:

«Je vous apporte un écrit qui vous épargnera une grande honte: cousin, lisez cela. Je l'exige!»

Le chevalier secoua la tête en souriant avec tristesse.

—Je ferai ce que vous voudrez, dit-il, mais...

—Mais tu penses qu'on te poussera à la porte, à moins qu'on ne te lance par la fenêtre. Cela se pourrait bien, garçon. M. de Choiseul porte haut avec ceux qui ne lui font pas peur. Si tu étais seulement un cousin autrichien ou un neveu anglais... Mais rédigeons d'abord le mémoire, et nous y réfléchirons au meilleur moyen de le présenter. Y es-tu?