VIII
COUP DE SANG
Captured Atalanta!
Ces deux mots anglais appartenaient au texte même de la lettre signée par l'agent de Joseph Dupleix, et qui ne contenait que trois lignes, disant: «L'Atalante a été capturée le 30 novembre, du fait de Commodore Smith, par le travers du cap Saint-Vincent. Arrivée en rade de Plymouth, 4 décembre. Capitaine blessé, un homme tué.»
«Cassé, le pot au lait!» Avant de s'ouvrir la poitrine d'un furieux coup de couteau, le conquérant de l'Inde ne prononça que cette seule parole, d'une voix si changée que le chevalier et Jeanne ne la reconnaissaient pas.
Il ne poussa point de cri en tombant, nous l'avons dit. Rien ne s'échappa de sa poitrine avec son sang, sinon un ricanement sourd. Le poignard très petit était une arme excellente de fabrication anglaise, qui avait pénétré jusqu'au manche.
Mlle de Vandes, une fois déjà repoussée, s'était précipitée de nouveau sur son oncle, un peu avant le coup donné. Il y avait eu une très courte lutte, si courte que le chevalier n'avait pu s'y mêler.
À vrai dire, il ne savait pas ce qui se passait, et il ne devina qu'au moment où Mlle de Vandes, ayant arraché le couteau sanglant, le laissa aller sur le carreau avec horreur; il la vit regarder, d'un air consterné, sa main souillée de rouge, chanceler sur place et tomber à son tour auprès de son oncle.
Alors seulement, l'angoisse le saisit à la gorge, car la prononciation anglaise défigure pour nous si absolument le mot captured qu'il l'avait entendu sans lui appliquer aucun sens, et certes, cette autre exclamation presque gaie: «Cassé, le pot au lait!» ne pouvait pronostiquer pareille catastrophe.