—Tenez! interrompit Marais, il a ouvert un œil! Avec son petit couteau, il s'est sauvé lui-même d'une attaque d'apoplexie, voilà tout!
Le fait est que le bonhomme Joseph se releva en ce moment sur le coude.
—Le pot au lait... balbutia-t-il d'une voix épaisse.
—Écoutez! fit Madeleine. Que dit-il?
—Parbleu! grommela Marais, c'est tout simple, il bat la campagne... et voyez sa face pourpre! il n'était que temps pour lui de prendre le baume d'acier, comme disent les chirurgiens, et il l'a échappé belle!... Quant à mon homme qui se noya, qui se broya et qui se pendit dans la même huitaine, il se porte comme le Pont Neuf, et un chacun doit s'habituer à tout cela, quand il a besoin, pour son malheur, de Messieurs les gratte-papier du roi.
Quoi que le lecteur en puisse penser, l'inspecteur Marais, dont nous sommes loin d'approuver le sang-froid stoïque en face d'un si triste tableau, ne se trompait point de beaucoup, et la petite notice de M. de la Conterie dit en propres termes que son parent et ami, Joseph Dupleix, fut sauvé d'un coup de sang par une veine qu'il s'ouvrit accidentellement en apprenant la perte du navire chargé des débris de sa fortune.
Il n'entre pas dans notre manière de voir de recommander cette médication à personne.
Toujours est-il que Dupleix se trouva debout, entre les bras du chevalier, puis assis dans son fauteuil, bien avant que la pauvre Jeanneton eût repris ses sens, et qu'il chercha, et qu'il trouva lui-même parmi les menus objets qui encombraient son tiroir, un flacon de sels volatils pour le faire respirer à sa nièce.
Pendant cela, Marais et sa commère continuaient de causer assez paisiblement dans la chambre noire. Madeleine avait expié le péché de sa discrétion passée en racontant tout ce qu'elle savait de son locataire, et l'inspecteur s'était montré frappé surtout de ce fait que le chevalier Nicolas était parent ou allié du ministre. Il le considérait désormais avec une attention respectueuse à travers l'écumoire.
—Ils sont partis si nombreux dans cette famille-là, dit-il enfin, que personne ne peut se flatter de les connaître tous, et pourtant j'ai pris soin de mettre dans ma tête les signalements des principaux, au nombre d'un demi-cent, à peu près. Celui-ci, je ne l'avais pas encore vu, mais je déclare qu'il est joliment planté, de bonne mine et tout à fait tourné en homme de bien, comme tous ceux qui ont l'honneur d'appartenir à M. le duc. Désormais, je le reconnaîtrai, et je vais aller l'attendre à la porte de la rue pour le saluer, selon mon devoir... Mais ce doit être un petit, tout petit cousin, qui ne pend à M. le Duc que par un fil, ou du côté de Mme la duchesse.