—Et qui a dépensé son argent à travailler pour sa patrie?
—C'est encore vrai.
—Nicolas, mon fils, je te vois d'ici avec ta pierre au cou... Comment a-t-il nom, ton Bélisaire?
—Joseph Dupleix.
À ce nom, M. le marquis de la Beaume sauta sur ses pieds et se prit les flancs à deux mains pour ne pas mourir de rire.
—C'est cela! s'écria-t-il, ah! comme c'est bien cela! Vertuminette! tu as mis dans le blanc du premier coup! Il n'y a qu'un Dupleix en tout l'univers, Dieu merci! Dupleix l'ennuyeux, Dupleix le fâcheux, Dupleix des éléphants et des tours, des plaidoyers, des mémoires et du Mogol, des plaintes, des récriminations et des cipayes, Dupleix enfin, Dupleix, et tu l'as pris sous ton bras!... Est-ce que tu n'avais pas voulu déjà autrefois t'embarquer pour le Canada, pour secourir ce Dupleix et demi qui s'appelle Montcalm?
—Si fait, répondit d'Assas, et je m'en honore.
—Grand bien te fasse! Écoute, moi, je ne t'en veux point pour cela. Il faut bien qu'il y ait des maladroits en ce monde: sans quoi, les routes ne seraient plus assez larges pour laisser passer les gens d'esprit; mais voici, pour ta gouverne, le vrai de la situation: nous ne voulons plus de colonies, parce que c'est une mine à contestations avec l'Angleterre. Nous lui laissons tout le tintouin de ces possessions lointaines qui obligent à entretenir des flottes, des marins, des soldats. Loin de porter aux extrémités de la terre ce que vous appelez la civilisation, nous désirons ramener l'Europe à l'état de nature en arrangeant un peu la sauvagerie: Salente enfin, mais Salente qui confiera à la marine anglaise le soin de faire circuler ses produits. Que dis-tu de cela? Plus de tracas, plus d'efforts; du vin doux, du miel et des roses, la France tranquillement aménagée à fonds perdu, et après nous, le déluge!
Le chevalier n'eut pas la peine de répliquer à ce discours, car la porte qui communiquait avec les appartements s'ouvrit, et un valet dit sur le seuil:
—Monseigneur attend M. le chevalier d'Assas.