À M. Lucien Thibaut, etc., à Paris Yvetot,

3 juillet 65.

Que fais-tu donc là-bas, à Paris, mon pauvre garçon? As-tu envie de me faire mourir de chagrin! Ah! tu m'en as fait, tu m'en as fait depuis la mort de ton père qui ne s'en privait pas non plus! j'entends de me faire du chagrin.

Voyons, te crois-tu un collégien en vacances? à ton âge! Qu'est-ce que c'est que ces polissonneries-là? Tu vas perdre ta place, tout uniment, et par conséquent, ta carrière. Veux-tu me faire mourir de chagrin? Je l'ai déjà dit une fois. Tu me fais battre la breloque.

M. le président Ferrand est venu voir si tu étais de retour. Voilà ses propres paroles: «Si c'est comme ça que votre fils nous récompense de son avancement sur place! Nous avons remué ciel et terre pour qu'il monte juge, et il se comporte comme un paltoquet!»

Que veux-tu que je lui réponde, à cet homme-là? Il est bon comme le bon pain, mais on se lasse, à la fin des fins. Est-ce que je peux lui dire dans le tuyau de l'oreille: «Mon garçon a un coup de marteau?»....

Vois-tu, c'est tout bonnement terrible. Les mères sont trop malheureuses. Quand tu auras été mis à pied, de quoi vivras-tu? Je vendrai bien ma chemise pour toi, c'est sûr, mais on ne va pas loin avec ça.

Et M. Ferrand me le disait encore hier: «Qu'il ne se fie pas à l'inamovibilité. Ça peut craquer.» Tu es bien coupable!

Tes sœurs sont furieuses. Si tu n'avais pas notre Olympe pour te défendre envers et contre tous, même contre moi, ces demoiselles t'écriraient des lettres qui t'arracheraient les yeux de la tête.

Quel ange que cette femme-là! J'entends notre Olympe, car Célestine et Julie ne sont pas tout à fait des anges.