Cette coquine, un peu trop mûre pourtant, était brutalement jolie avec sa coiffe normande, surchargée de dentelles, et son jupon court. Elle tourna la clé d'un placard pour y prendre sans doute du sec ou du demi-sec, mais mon geste l'arrêta.

—Bah! s'écria-t-elle en riant plus fort, pas même ce qui plaît aux demoiselles? On nous avait bien dit que vous étiez un agneau. Alors asseyez-vous et gobez le marmot en pensant à votre bergère. À vous revoir.

Elle sortit, claquant la porte à tour de bras.

J'étais seul dans le cabinet de M. Louaisot de Méricourt; une grande pièce basse d'étage, avec châssis régnants, chargés de casiers. Des deux côtés de la cheminée qui supportait une vilaine pendule, il y avait deux magnifiques consoles, genre Boule, avec bouquets de fleurs et de fruits en pierres précieuses.

Mais je ne remarquai point cela dans le premier moment parce que mon attention fut tout de suite attirée vers un assez vaste bureau flanqué d'un fauteuil de cuir, forme grenouille, sur lequel un véritable fouillis de pièces de procédure et de dossiers s'éparpillait.

Un mouvement venait de se produire sur ce bureau. Le vent de la porte brusquement poussée par la Normande, avait soulevé une feuille de papier blanc posée sur le devant de la tablette.

Et la feuille, en s'envolant, avait découvert un agenda d'où sortait, en manière de signet, un portrait-carte photographié.

De la cheminée, près de laquelle j'étais, c'est à peine si on pouvait distinguer la nature de ce dernier objet; encore bien moins était-il possible de reconnaître la personne représentée.

Je déclare même que je n'aurais pas su dire, en m'appuyant sur le seul témoignage de mes yeux, si le portrait représentait un homme ou une femme.

Et cependant je m'élançai en avant avec un battement de cœur qui faillit me jeter foudroyé sur le plancher. Je saisis l'agenda, j'en arrachai la carte, et je reconnus, au travers d'un éblouissement, le sourire bien aimé de ma petite Jeanne.