Prime, d'abord, M. Thibaut, je vous connais comme ma propre poche. C'est un point à considérer puisque ça va vous éviter une confession toujours pas mal ridicule.
Je vous savais par cœur dès le temps du baron de Marannes avec qui il m'est arrivé de faire, de ci, de là, quelque petite bricole d'affaire. Bon diable. Pas de tenue. Il a fini comme ça se devait: ni mieux, ni plus mal. Y a-t-il longtemps que vous n'avez reçu des nouvelles de notre ami Rochecotte?...
Je répondis négativement.
—Je pense à lui, reprit M. Louaisot, parce qu'il était de la bande du baron, et aussi pour autre chose. Le voilà riche, ce bon grand Albert! Plus riche qu'il ne croit. Avez-vous su qu'il avait des vues sur Mme la marquise de Chambray? Oui? Et ça ne vous fait rien quand on chasse sur vos terres?... Bien, bien! ne nous fâchons jamais. C'est vous qui lui avez écrit une cocasse de lettre, l'année dernière, à ce bon Albert!
L'étonnement me fit sauter sur mon siège.
—La conscience, dit M. Louaisot, évidemment content de l'effet produit. Faites-moi penser à vous reparler de ce pauvre Rochecotte, avant la fin de notre conférence. Il lui est arrivé quelque chose.
Quant à votre lettre, j'en ai fait mention pour que vous pussiez voir à quel point je suis renseigné. Ah! Mylord, vous étiez déjà un jeune magistrat bien embarrassé! Et j'aurais pu, dès lors, vous offrir tout un bouquet d'informations. Mais regardez-moi. Est-ce que j'ai l'air de celui qui court après les pratiques?
Il se frotta les mains en clignant de l'œil à mon adresse. Je gardai le silence.
—Vous me direz, reprit-il: «Si vous ne courez pas après la pratique, mon cher M. Louaisot, pourquoi m'avez-vous écrit?» Ah! voilà! Ça fait partie d'une règle de conduite: je cueille les poires de mon jardin quand elles sont mûres.
Il se mit à rire. Le rire éclairait ses traits vulgaires d'une lueur qu'on pourrait qualifier d'ignoble.