C'était trop. Cela ne se devait pas. Le droit d'être joli à ce point-là n'appartient qu'à l'autre sexe.
Lucien avait la bravoure d'un lionceau. Il était magnifique quand il se ruait sur le tas des railleurs. Il châtiait surtout sévèrement ceux qui affectaient de le traiter en demoiselle. J'ai porté de ses marques.
Ce genre de moquerie avait attaqué son caractère. De l'enfant le plus doux qui fût au monde, il était devenu ombrageux, querelleur, presque cruel.
Non seulement il n'avait aucune des coquetteries de son âge, mais sa trop jolie figure lui faisait honte positivement. Il essayait de s'enlaidir.
Plus tard, et pour protester encore contre le hasard de sa trop bonne mine, il s'était fait, à l'école de droit, une tête de puritain farouche, ce qui ne nuisait en rien au naturel le plus aimable et le plus gai que j'aie rencontré en ma vie.
Mais il était content positivement quand on lui disait qu'il avait la touche d'un mauvais gars.
Aujourd'hui, toute préoccupation de ce genre avait évidemment pris fin. Il se laissait être joli.
Je ne dirai pas qu'il était redevenu lui-même, car l'expression de son regard s'était dérobée et comme éteinte, mais à part ce rayon généreux qui brillait autrefois si gaiement dans sa prunelle, tout en lui avait fait retour vers l'adolescence.
Rien de tout cela n'était précisément de nature à vous serrer le cœur. Et pourtant, quand il me regarda, j'éprouvai d'une façon très nette le contrecoup d'une douleur sourde, mais terrible.
J'eus froid.