Ah! Geoffroy, Geoffroy, je plaide ma cause. Comment me jugeras-tu?

Car j'ouvris le pli malgré mes mains qui tremblaient et malgré la voix qui disait au-dedans de moi: tu fais mal.

La ligne tracée par M. Louaisot était ainsi: Dites-lui seulement: je sais l'histoire du codicille....

À peine mon regard eut-il effleuré ces mots que le papier, froissé avec honte, puis déchiré en pièces, éparpillait ses morceaux sur le parquet. Il eût fallut agir ainsi quelques secondes auparavant. Maintenant, il était trop tard. On peut détruire la page dépositaire d'une pensée, on ne peut pas détruire la pensée.

J'avais lu. Les mots étaient imprimés dans mon souvenir.

Ces mots insignifiants, ces mots, jetés peut-être au hasard, ils vivaient désormais en moi, ineffaçables.

Je sais l'histoire du codicille! c'était bien la forme consacrée du talisman. Cela ressemblait au «Sésame, ouvre-toi» des contes arabes. Il y avait là un mystère qui était une menace, une clé, une arme.

La seule idée de me placer en face d'Olympe, l'amie de ma famille, la compagne de mon enfance, avec cette arme dans la main, fit monter le rouge de l'humiliation à mon front. Jamais, oh! certes, jamais je ne devais me servir de cette arme!

—Pardon, excuse, dit la haute et intelligible voix de Pélagie qui venait de pousser la porte d'entrée d'un bon coup de pied, si ça ne vous dérangeait pas dans vos patenôtres—car vous parlez tout seul et c'est drôle, à votre âge—je balaierais à fond le bureau du patron. C'est mon jour.

Je pris mon chapeau avec précipitation. Pélagie était debout sur le seuil, tenant son balai comme une lance. Elle s'effaça militairement pour me laisser passer et me dit: