Monsieur et bon ami.

J'espère que ma bien-aimée mère est heureuse aux pieds de Dieu, mais je suis bien seule depuis qu'elle m'a quittée, et ses conseils me manquent à ce point que je ne sais plus ni que dire, ni que faire.

Peut-être m'aurait-elle blâmée de vous écrire, et pourtant votre nom était sur ses lèvres, à l'heure où elle m'a dit au revoir pour un monde meilleur, et je suis bien sûre de l'avoir entendu dans son dernier baiser.

Elle vous aimait tant! Je crois bien qu'elle ne sera pas fâchée contre moi, si elle me voit. Elle avait confiance en vous et je ne peux guère m'adresser à un autre que vous.

Comment vais-je commencer, cependant? Je ne sais pas où je suis. Et quelles paroles employer, puisque j'ai à vous dire que vous êtes la cause bien innocente de ma captivité inexplicable!

Je suis maintenant à peu près certaine que la lettre n'était pas de vous: la lettre qui m'a mise hors du couvent de la Sainte-Espérance. De qui est-elle? Ma mère avait des ennemis, puisqu'elle recevait des lettres qui l'ont tuée.

Mais je ne connaissais aucun de ces ennemis.

Et la lettre ne peut être d'un ami, puisqu'elle n'est pas de vous. Je l'ai gardée, je vous la montrerai, si je dois avoir jamais le bonheur de vous revoir.

Assurément, je n'aurais pas dû ajouter foi à cette lettre, ni surtout obéir à ses prescriptions. Il y avait là-dedans trop de choses qui n'étaient pas vous.

Mais j'ai cru à ma joie, c'est ma joie qui m'a trompée. Ma joie m'avait rendue folle.