—Tu as peut-être bien fait de rester garçon, toi, Geoffroy, avec ton caractère. Si tu voulais faire un choix, c'est le bon âge. Y songes-tu? moi, j'aurais eu des idées de mariage....
Il hésita, et son regard furtif revint vers moi.
—Oui, reprit-il, c'était dans mes goûts. J'aurais pensé à me marier sans l'exemple de ce pauvre Lucien.... Lucien Thibaut. Tu ne l'as pas oublié, je suppose? Il prononça ainsi son propre nom comme s'il eût parlé de quelque autre camarade à nous.
À part la furtive œillade qu'il venait de me lancer, toute sa physionomie peignait la sérénité et même l'indifférence.
Quant à moi, la vague impression de terreur qui me poursuivait depuis mon entrée, prit un corps. La pensée me vint qu'il était fou. Et, aussitôt né, ce soupçon prit les proportions d'une certitude. L'étonnement qui se peignait sans doute dans mes yeux le trompa. Il me demanda d'un ton de reproche affectueux:
—Est-ce que tu aurais oublié Lucien? Ce serait mal, Geoffroy, Lucien était notre meilleur ami.
—Non, certes, répondis-je, en faisant effort pour me remettre. Ce bon, ce cher Lucien! Je n'ai eu garde de l'oublier.
—À la bonne heure, à la bonne heure! fit-il par deux fois. C'est que tu as tant couru le monde! Ta vie a été bien heureuse, et les heureux, vois-tu....
Il n'acheva pas et reprit:
—Je suis content, très content que tu n'aies pas oublié Lucien. Il est dans l'embarras. Tu pourras nous être très utile et il avait compté sur toi.