—Au fait, répliqua-t-il en rougissant tu ne sais pas de qui je parle.

—J'allais te le demander.

Tout cela était pour cacher mon trouble, car je savais d'avance la réponse.

—Eh bien! fit-il très simplement, tu aurais pu le deviner. Je parle de Jeanne, la pauvre petite femme de Lucien, son âme plutôt. Quand tu verras Lucien, tu reconnaîtras cela d'un coup d'œil: il n'a plus d'âme.

Était-ce là l'explication de ce grand poids qui, depuis mon arrivée, m'oppressait le cœur si lourdement? Et fallait-il croire à cette définition que la folie donnait d'elle-même? Le malade poursuivit tranquillement.

—C'est là le mal de Lucien. Les médecins l'ont traité et le traitent encore pour ceci ou pour cela. Des misères! Moi, je ne suis pas médecin, mais j'ai la certitude que nous le guéririons en lui rendant son âme. Il eut son bon rire d'autrefois, dont la sonore douceur mouilla ma paupière.

Et il se mit à déclamer de sa voix pleine d'harmonie les strophes italiennes où Arioste raconte le voyage d'Astolphe dans la lune, à la recherche de l'âme de Roland.

—À présent, ajouta-t-il d'un ton dogmatique et en secouant la tête, ce n'est plus dans la lune que les âmes se cachent: les âmes, comme Jeanne, c'est là!

Son doigt tendu montrait Paris.