Dix minutes après, j'étais à l'ouvrage, bien commodément étendu entre mes draps, ma lampe sur ma table de nuit, mon paquet de papiers sur ma couverture.

Je ne lisais pas encore, mais, je le répète, j'étais au travail.

Pour une œuvre du genre de celle que j'avais entreprise, il faut non seulement rassembler les éléments, mais encore les retourner entre ses doigts, les rapprocher, les comparer, les briser même, parfois—pour voir ce qu'il y a dedans.

Lucien m'avait choisi parce que je suis un peu diplomate et un peu romancier.

Je lui devais de mettre en œuvre, autant que j'en ai le moyen, les procédés de l'un et l'autre métier.

Je fermai les yeux avant d'ouvrir le dossier.

Et je regardai en moi-même. J'avais besoin de classer mes souvenirs.

Il y avait d'abord et avant tout M. Louaisot de Méricourt.

Ce soir, en lisant l'entrevue de ce dernier avec mon pauvre Lucien, je m'étais étonné plus d'une fois de voir que Lucien n'opposait aucune barrière à la loquacité calculée de l'agent d'affaires.

Je m'étais dit: Si je le tenais, moi, ce Louaisot, il ne m'échapperait pas comme cela!