Depuis dimanche—nous sommes au jeudi soir,—je sais où est ma petite Jeanne. La façon dont je l'ai appris te semblera singulière.

J'étais arrivé l'avant-veille de Paris, où toutes mes recherches étaient restées vaines. Le matin du dimanche, au sortir de la messe, je trempais mes doigts dans le bénitier, suivant d'assez près ma mère et mes sœurs qui causaient sous le porche avec leurs amies, quand je me sentis coudoyer brusquement.

Je me retournai. Il y avait derrière moi, parmi nos autres Cauchoises, une paysanne encore mieux endimanchée que les autres et dont la figure écarlate resplendissait sous une immense coiffe, chargée de broderies.

J'avais reconnu d'un coup d'œil la florissante Hébé du Jupiter des renseignements, rue Vivienne, au coin du passage Colbert.

Elle me prit de l'eau bénite au doigt.

Au lieu de faire le signe de la croix, elle mit un doigt sur sa bouche et sortit de l'église.

Je la suivis de loin jusqu'au bout de la ville où elle prit un sentier à travers champs.

Elle s'arrêta derrière une haie, regarda tout autour d'elle, et, sans mot dire, me remit une lettre que j'ouvris précipitamment.

La pensée de Jeanne était en moi, comme toujours. Voici la lettre:

Pièce numéro 43 bis