Ce que nous disions, Geoffroy, sous la tonnelle? Ah! je ne sais. Elle est presque aussi timide que moi. Nous étions serrés l'un contre l'autre, et nos cœurs se parlaient. Nous nous aimions, vois-tu, jusqu'à ne plus savoir le dire. Et l'as-tu entendu le merveilleux cantique, chanté par le silence de deux cœurs!

Il n'y avait plus pour nous ni douleurs dans le passé, ni frayeurs pour l'avenir. La pure ivresse des jeunes amours nous enveloppait comme le nuage des enchantements dans la poésie d'Arioste. Nous nous aimions et Dieu nous regardait.

Je la menai à son petit réduit quand la nuit fut noire. Elle s'assit sur le lit, mais moi, ici, je restai debout devant elle.

Elle me dit en riant:

—C'est donc ici ma chambre?

Mon Dieu! comme je l'aimais! Et comme je l'aime! Y eut-il jamais au palais des Tuileries, à Schoenbrunn, à Windsor, fille d'impératrice ou de reine plus respectée, plus dévotement adorée que ne le fut ma chérie dans ce trou qui s'ouvrait sur la chambre d'un garçon?

J'ai dit qui s'ouvrait, car il ne se fermait point. Il n'avait ni verrou, ni serrure.

J'en conviens, il y avait là quelque chose de... le mot ne me viens pas, mais choquant ne dirait peut-être pas assez.

Oui, certes, je suis de cet avis. Et ce qui me blesse davantage, il y avait aussi quelque chose de ridicule.

Mais si vous étiez scandalisé, Geoffroy, ou s'il vous arrivait de railler, je ne vous pardonnerais de ma vie.