Note de Geoffroy.—Cette pièce si singulière arrêta un instant ma lecture. Il était quatre heures du matin, et le sommeil rôdait autour de mes paupières.

Lucien devait être en état de «métapsychie» quand il avait écrit cela.

Il y parlait de lui-même à la troisième personne, avec la compassion qu'on éprouve pour un tiers, plus malheureux que coupable.

Après avoir lu cette note, je laissai errer ma pensée en arrière, rappelant à ma mémoire des faits et des impressions oubliés depuis longtemps.

Je revis, mieux que je ne l'avais fait encore, le Lucien de notre enfance, si bon, si naïf, si généreux!

Parmi nos autres compagnons d'étude et de plaisir y en avait-il un seul capable de plaider avec tant de timidité une cause gagnée?

Non, il fallait être mon pauvre, mon cher Lucien Thibaut pour s'accuser ainsi amèrement et humblement, d'avoir usé du droit de légitime défense.

Frapper une femme répugne toujours, mais c'était pour défendre une jeune fille.

Ce que pouvait être cette jeune fille importait peu puisque sa pureté, pour Lucien, égalait celle des anges.

Je lui donnai mon absolution de bon cœur. S'il faut le dire, même, cette aventure qu'il avait menée grand train, en définitive, ajouta singulièrement à mon affection pour lui.