Est-ce là simplement de l'aberration? ou bien savent-elles ce que j'ignore moi-même?

En sortant, j'ai dit à ma mère, qui se plaignait tout haut et fort amèrement:

—Mais enfin, Mme la marquise ne doit rien à sa cousine!

Elle m'a regardé entre les deux yeux. Sa figure était à peindre; mais je ne saurais dire ce qu'elle exprimait. Mes deux sœurs hochaient la tête en se pinçant les lèvres. Ma mère a enfin répondu sèchement:

—Ne vous faites pas encore plus innocent que vous ne l'êtes. Mme la marquise a l'âge de raison, je suppose? Si elle ne devait rien, pourquoi paierait-elle? Payer! Geoffroy, on me paye! Et moi, du moins, je sais qu'on ne me doit pas!

La nuit, j'ai rêvé que je voyais mon père et qu'il détournait de moi son visage. Mon père était un honnête homme.

Et vous aussi, Geoffroy, je vous ai vu. Vous êtes venu dans mon rêve. Je vous ai reconnu d'abord souriant et heureux, comme vous vous présentez toujours à ma pensée.—Mais bientôt vos traits se sont rembrunis et vous vous éloigniez de moi avec une méprisante compassion. J'avais beau vous crier: «Tout cela n'est qu'une feinte!» Je vivrai avec mon traitement comme devant. Nous ne garderons pas une parcelle du bien d'Olympe.... Vous ne m'écoutiez pas!

Mes mains jointes se tendaient vers vous; je disais encore: «Il fallait bien arracher le consentement de ma mère...»

Votre dédaigneux silence m'écrasait....

Oh! Geoffroy, il y a un mot dégradant que nous connaissons bien, nous autres magistrats, et qui désigne au palais le plus lâche des crimes.