Il fallait que le fragment m'eût bien vivement frappé, par ce qu'il disait, et surtout par ce qu'il promettait de dire, car je ne repris pas la lecture du dossier de Lucien. Je demeurai là, méditant, cherchant à deviner quel était le but de l'article, et surtout le but de la communication qui m'en était faite.
Il y avait trois lettres sur mon plateau: deux de forme ordinaire et une très grosse qui ne portait pas le timbre de la poste. Par manière d'acquis, je pris cette dernière et j'en rompis le cachet. Il s'en échappa des papiers d'imprimerie.
Je sais ce que c'est qu'une «épreuve» ayant corrigé celles de mon livre, mais je n'avais rien sous presse, et mon premier mouvement fut de croire que l'imprimeur s'était trompé en m'adressant ce paquet.
Cependant, comme il y avait deux lignes écrites à la main en tête de la première feuille volante, j'y jetai les yeux pour me bien assurer du fait.
C'était encore la même écriture: celle de la note trouvée par moi à la troisième page du journal Le Pirate.
Cette fois, M. Louaisot de Méricourt—car j'avais parfaitement reconnu mon attentionné correspondant—me disait:
«J'ai bien pensé, Monsieur et cher client, qu'il ne vous serait pas désagréable de devancer la publication du second numéro. Il a du talent, ce jeune homme-là, hé!»
Je me jetai aussitôt sur les épreuves comme sur une proie.