Y eût-il, autour de ces deux nobles choses, plus de misères grotesques qu'on n'y en amoncelle à plaisir: j'entends les avocats et les maris eux-mêmes, collaborateurs de toutes les comédies, ces deux choses seraient grandes encore, parmi ce que le monde garde de plus grand.

J'étais avec Lucien. Je le connaissais si bien depuis vingt-quatre heures! Je voyais battre à nu son excellent cœur si naïf et si brave! Je devinais quelle allégresse avait rempli tout son être en lisant ce mot défenseur à la suite de son nom.

Pour certains, il y a de profondes jouissances dans le sacrifice, mais pour Lucien, ce n'était pas cela.

Lucien ne sacrifiait rien.

L'héroïsme s'exhalait de son amour comme le souffle sort de nos poitrines. Il vivait de tendresse. Pour employer son expression qui, pour nous, serait prétentieuse, mais qui devenait si juste entre ses lèvres: «Jeanne était son âme.»

Je n'eus pas le temps de poursuivre plus loin ma lecture. Au moment où j'allais prendre le numéro suivant, mon domestique Guzman rentra. Il venait me rendre compte des deux commissions que je lui avais données.

Mme la marquise de Chambray me faisait dire qu'elle m'attendrait, selon mon désir, ce soir, à huit heures.

Ce devait être la fameuse femme de chambre Louette qui avait transmis cette réponse, du moins je crus la reconnaître à la description que m'en fit Guzman.

Quant à Mme la baronne de Frénoy. Guzman l'avait vue elle-même.

C'était, au dire de Guzman, une forte femme très brune, au teint presque gris et aux yeux brillants, pris en quelque sorte dans un réseau de rides. Il me sembla que je la revoyais. C'était une créole. Les créoles sont souvent jolies dans leur jeunesse.