Je le vis un instant, pauvre chétive créature, sautiller dans la boue à la lueur des réverbères, puis disparaître dans l'ombre des maisons. Il était environ dix heures du soir quand ma voiture s'arrêta rue des Moulins, à la porte de la maison de santé du Dr Chapart. Mon cocher, à moitié endormi, me demanda:
—Qu'est-ce que vous avez donc jeté tout à l'heure par la portière, bourgeois? Je ne vous avais vu embarquer ni chat, ni chien.
[V]
La famille Chapart
Le Dr Chapart était en famille. Ce fut chez lui qu'on m'introduisit, quoique j'eusse demandé au concierge M. Lucien Thibaut.
—Ah! ah! jeune Talleyrand! s'écria le docteur du plus loin qu'il m'aperçut. Course inutile! Trop tard! Les pensionnaires sont couchés, surtout ceux qui ont besoin de calme comme notre ami commun, car j'ai tout plein de sympathie pour ce garçon là, moi, ces dames aussi. De la part de leur sexe, c'est tout simple, puisqu'il s'agit de peines d'amour!
Il s'était levé, roulant, tournant et ronflant, pour venir à ma rencontre.
Les deux dames Chapart, une mère laide et prétentieuse, une fille laide et insignifiante, m'adressèrent un cérémonieux salut.
—Quand je dis course inutile, reprit le docteur, ce n'est pas poli pour ces dames, à qui je vais avoir le plaisir de vous présenter. Léocadie, ma bonne, et toi, Zuléma, M. Geoffroy de Rœux! Mon cher M. Geoffroy de Rœux, Mme et Mlle Chapart. C'est fait! à l'anglaise! Vous allez maintenant l'amitié de prendre une tasse de thé avec nous, du thé-Chapart, mon cher Monsieur. Ceux qui en ont goûté ne veulent plus d'autre thé. Ça rime.