Quand j'arrivai chez moi, il était près de minuit. Bébelle, ma petite amie du cinquième étage était encore dans l'escalier où elle s'occupait à faire les montagnes russes en se laissant glisser le long de la rampe.

—Bonsoir, Monsieur, me dit-elle, tu rentres tard. Papa et maman ont été au restaurant et puis au spectacle. Je suis toute seule, ça m'amuse. Le restaurant et le spectacle venaient ordinairement après la bataille. Cela faisait partie de la réconciliation.

Bébelle, qui avait regagné le haut de sa montagne, fila près de moi comme un trait, sur la rampe, et ajouta:

—Il y a une femme chez toi, Monsieur. Tu sais, je ne dis pas une dame.

En effet, je trouvai Guzman en grande conférence avec une superbe coiffe de dentelles, sous laquelle éclatait la santé de Pélagie. Aussitôt que la Cauchoise me vit, elle dit à Guzman:

—Vous êtes bien honnête de m'avoir tenu compagnie. On ne s'ennuie pas avec vous.

Puis s'adressant à moi.

—Le patron m'avait donné ordre de faire faction jusqu'à votre retour. Vous me remettez bien, pas vrai? C'est moi qui vous ai donné l'adresse de la rue des Moulins, à Belleville.

Je pris la lettre qu'elle me tendait. Le regard que j'avais jeté à mon Guzman en entrant n'était pas exempt de défiance. Je n'aimais pas voir cette brave Pélagie dans ma maison. Sa présence arrêtait d'ailleurs sur mes lèvres la question qui les brûlait. Je n'osais prononcer le nom de Lucien devant elle. La lettre de M. Louaisot était ainsi conçue:

«Ci-joint, mon cher Monsieur, quelques épreuves du roman nouveau. Il a du succès dans un certain monde, et sa publication va engraisser l'affaire.