Les vois-tu autour de nous, dans le noir, ces misérables qui ne trouvent pas suffisant le mal qu'ils nous ont déjà fait?

Je l'ai bien dit: ce sont des docteurs. Ils ont passé tous leurs examens. Ils savent le mal comme aucun de nous ne sait le bien.

Quel est leur but? Je l'ai cherché. Chez eux, il n'y a jamais deux mobiles. Toujours le même: l'argent. Il y a quelque part une montagne d'argent qui a déjà tué Rochecotte, et qui va me tuer ma petite Jeanne.

Oh! qu'ils le prennent, cet argent maudit! Qu'en a-t-elle besoin? Aujourd'hui, je l'ai interrogée au sujet de cette succession qui est, pour moi son malheur. Je croyais qu'elle allait me répondre: «Je ne sais pas.»

Mais ici, comme pour sa présence à Paris à l'époque du meurtre, comme aussi pour le fait de s'être rencontrée au moins une fois avec Albert de Rochecotte, sa réponse a trompé mon espoir.

Elle sait. C'était une de leurs naïves gaietés entre la mère et la fille: aux heures de misère, elles se moquaient souvent de leurs millions à venir.

Elles n'y croyaient pas, mais elles savaient.

Et le vieux baron faisait mieux que savoir. Parmi ses dettes il y en avait bon nombre de contractées à intérêts exorbitants qui étaient garanties par ses droits éventuels à la succession du dernier vivant de la tontine.

Mais que prouve cela? s'ils sont des hommes, s'ils sont des juges, ils verront bien avec moi la toile d'araignée où l'on a pris cette pauvre petite mouche. Les fils en sont déliés, c'est vrai, les rets ont été fabriqués par un ouvrier-maître, mais enfin il y a des fils, je les ai dans ma main et je les montre.

Le plus apparent, c'est celui qui a coûté la plus grande dépense d'habileté.