Tu te souviens, quand Jeanne retourna au Bois-Biot en sortant de mon cabinet de toilette? Elle trouva dans sa chambre une surprise. Elle croyait, la pauvre chérie, que j'avais eu cette attention délicate de racheter le petit meuble de famille: son cher nécessaire dont sa mère et son aïeule s'étaient servies avant elle.
Ce n'était pas moi qui avais eu cette attention délicate.
Quelqu'un avait racheté la boîte à ouvrage tout exprès pour que les badauds pussent dire, après l'arrestation de Jeanne et au moment de la perquisition: le doigt de Dieu est là!
Et ils n'ont pas manqué de le dire, les badauds! C'est ici la maîtresse preuve et le principal témoin. L'affaire s'appelait déjà l'Affaire des ciseaux.
Un vrai docteur ès-crime mêle toujours à sa combinaison un élément de gros drame—pour le public.
Car le public est juge d'instruction aussi. Et l'histoire des pesées que la foule opère sur la conviction du vrai juge serait une longue suite de pages en deuil.
Je crois au doigt de Dieu. Il m'est arrivé de le voir en ma vie. Le doigt de Dieu n'est pas fait ainsi.
Le doigt de Dieu, c'est la foudre. Le doigt de Dieu ne monte pas péniblement, une à une, les pièces d'une misérable mécanique.
C'est le doigt du démon ici. Je me lèverai seul contre tous et je leur prouverai cela!
Désormais, je vois ma cause si claire qu'il me suffira d'ouvrir la bouche pour dissiper les ténèbres. J'ai grandi avec la nécessité. Je suis éloquent, je suis fort. Je ne me reconnais plus moi-même. Ils trembleront devant moi. Leur prétendue vérité qui n'est que mensonge et artifice....