—Cher M. Thibaut, répliqua la quêteuse dont la voix s'adoucit encore une fois—on devinait le sourire derrière son voile—vous n'avez pas voix au chapitre, c'est vrai, et je vous en demande bien pardon; mais votre coopération est fort souhaitée, et même formellement réclamée. Je vous connais trop pour ne pas savoir que dans une occurrence si grave, vous mettrez de côté volontiers une vaine curiosité. Je vous déclare que je ne pourrais pas vous donner le plus léger renseignement sur notre manière d'opérer, sans tromper la confiance de quelqu'un, d'abord,—de quelqu'un qui se met en péril pour nous servir, et ensuite sans compromettre gravement le succès de notre entreprise.
Le Dr Schontz approuva d'un geste qui m'était adressé et qui contenait une prière.
—Madame, dis-je, tout sera donc comme vous l'exigez. Je pense pouvoir vous demander maintenant en quoi consistera l'aide que vous attendez de moi?
—Elle aura trait au rôle de Jeanne. Jeanne n'a rien à faire, sinon à se tenir prête de nuit comme de jour au premier signal. L'instant propice sera peut-être court, il faut pouvoir en profiter. Que Jeanne soit donc toujours habillée. Qu'elle veille, et quand la sœur Marie-Joseph lui dira: «Suivez-moi»...
—La religieuse! m'écriai-je, sachant quelle est la position de ces dames dans les prisons, et quelle lourde responsabilité pèserait sur elle.
—Vous voyez bien! fit la jeune femme, dont la patience n'était décidément pas le fort, vous ne savez rien et vous voulez déjà discuter! Que serait-ce si vous saviez? Je veux bien vous dire, mais ce sera le premier et le dernier éclaircissement, que la sœur Marie-Joseph n'est pas complice. Elle ne sait rien, elle ne risque rien. Seulement, la consigne sera de la suivre à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Pensez-vous obtenir cela de Jeanne?
—Je l'obtiendrai.
—Merci pour elle, car c'est son salut. Maintenant, passons à ce qui vous regarde personnellement. Vous ne contribuerez pas à la victoire, cher M. Thibaut, mais vous en profiterez. Et votre rôle exige au moins un grand dévouement, une grande patience. Nous sommes aujourd'hui à mardi. À partir de vendredi soir, souvenez-vous bien de cela, toutes les heures du jour ou de la nuit peuvent voir se livrer la bataille. Il faut donc qu'il y ait une voiture, à toute heure, prête à recevoir la fugitive, en un lieu que nous allons choisir tout de suite si vous voulez. J'ajoute qu'il y a vingt chances contre une pour la nuit.
La question du lieu où la voiture devait attendre fut agitée à nous trois. Il fut convenu qu'on choisirait plusieurs places, selon les heures; pour ne pas donner l'éveil par un stationnement trop prolongé.
Les endroits désignés étaient tous à cinq ou six cents pas de la cour du palais.