Il y avait de la tendresse vraie dans le baiser théâtral que ma pauvre maman m'a donné en entrant. Mes sœurs étaient plutôt curieuses qu'émues. Elles n'ont pu s'empêcher de me dire qu'elles avaient renoncé au mariage à cause de moi.

Ma mère a mis ses deux mains sur mes épaules pour me regarder longuement.

—Ton éducation a pourtant coûté les yeux de la tête! a-t-elle fait entre haut et bas.

—Vas-tu revenir avec nous en Normandie, Lucien? m'a demandé Célestine.

Et Julie a ajouté:

—Tu pourrais trouver peut-être un emploi dans le commerce. M. Ferrand m'a donné la main comme si nous nous étions quittés de la veille.

La conversation aurait langui sans ma mère qui m'a raconté les événements d'Yvetot. Mlle Agathe a épousé M. Pivert, mon remplaçant. Elle a eu deux cachemires, et le meuble de sa chambre à coucher est lilas. Mlle Maria se marie la semaine prochaine avec un baigneur d'Étretat, pas le duc. Il n'y a que la longue Sidonie qui reste pendue au portemanteau.

—Et les deux pauvres minettes! a ajouté ma mère en étouffant un gros soupir à l'adresse de Célestine et de Julie qui m'ont tendu la main noblement.

Geoffroy, ce serait une amère tristesse pour moi si je me sentais cause de leur condamnation au célibat. Mais il n'y avait aucun mariage sur le tapis.

Je trouve un peu injuste la responsabilité dont on m'accable, et j'avoue que je supporte impatiemment la clémence de mes deux chères sœurs. Au moment où ma mère a fait mine de se lever, M. Ferrand l'a prévenue. Il m'a pris par la main et m'a conduit dans une embrasure.