Il cligna de l'œil d'un air malin.

—Quand on est costumé comme cela, répliqua-t-il en touchant sa pèlerine de toile cirée blanche, il ne faut pas se cacher à moitié. Le patron est le meilleur chien de chasse que je connaisse, mais je suis son élève et nous pouvons faire notre partie, tant qu'il ne m'a pas vu. Ce n'est pas avec lui qu'on se dissimule derrière un fiacre ou dans une allée.

—Comment avez-vous fait?

—Au lieu de descendre, j'ai monté. J'ai été m'asseoir dans le petit escalier du grenier, au sixième étage. Je n'étais pas sans inquiétude, car il a un nez de possédé. Mais heureusement, j'en ai été quitte pour la peur. Il s'en est allé tout droit et je l'ai vu par la lucarne qui tournait tranquillement le coin du boulevard. Il prit à la place ordinaire, sous sa toile cirée, entre sa chemise et son unique bretelle, un gros paquet de papiers, noués avec une faveur rose qu'il déposa sur mon lit.

—Tiens! fit-il en voyant les épreuves du Pirate, vous donnez là-dedans?

—Est-ce que vous connaissez cet ouvrage?

—C'est du Louaisot. Pas besoin de connaître. Une cuisine faite avec une miette de vérité, sautée dans un tas de mensonges!...

—Tandis que moi, poursuivit-il en pointant ses manuscrits du bout du doigt, rien que du vrai. Pas d'imagination pour un sou!

—Voulez-vous être payé tout de suite? demandai-je.

—Ça me flatterait, rapport à Stéphanie que je veux mettre sur un pied étonnant! Il y a du temps que je la vois en rêve avec des falbalas! Elle est toute fraîche relevée de ses couches. Elle voiturera le petit à la promenade dans une brouette à ressorts, avec une robe en mérinos tout laine et un tartan, tout laine aussi, rouge, vert, bleu et jaune, que j'ai lorgné au grand magasin de nouveautés du faubourg du Temple.