Et non pas des voleurs ordinaires, mais des voleurs sur l'autel!
Des fournisseurs!—chose qui accumule sur soi plus de mépris et plus de haine que toutes les autres infamies rassemblées en monceau!
Je n'en sais pas bien long. J'ignore si cette haine est méritée et si ce mépris est toujours équitable. Je suppose qu'il peut se trouver un honnête homme par ici, par là dans la partie.
Mais quand on songe que dans toutes nos guerres c'est la même farce! L'ennemi est bien nourri et bien couvert: ah ça! ils n'ont donc pas de fournisseurs, les Russes ou les Prussiens?
Nos soldats, eux, arrivent à la bataille sans souliers, sans culottes, l'estomac creux et souvent la giberne vide.
Et c'est bien rare qu'on entende dire qu'il y a eu un fournisseur écartelé à quatre chevaux. Je n'en ai jamais vu.
J'en connais un, un gros, qui passe pour avoir fourni la dysenterie à tout un corps d'armée avec de la viande, mort dans son lit. Eh bien! l'autre jour, il a condamné aux galères, comme juré, un méchant gars qui avait passé une brèche pour tirer un lièvre dans un bois réservé.
Bien sûr le méchant gars avait eu tort, mais le gros fournisseur! Peut-être qu'il n'y aura plus de révolutions le jour où on fera juger les fournisseurs par les braconniers.
Dame! et tenez, je rencontrai, moi, un jour Jean-Pierre Martin, le bedeau, qui dormait au coin d'un mur. Ce ne fut pas bien brave: je lui donnai mon pied quelque part.
Que voulez-vous! Quand je vois ces gens-là c'est comme si j'entendais crier les âmes des tourlourous qui sont morts de froid et de faim tout exprès pour leur fourrer du foin dans leurs bottes!