Cette impression là et non pas une autre. C'était un savant coquin et le diable avait bien pu le recevoir à tous ses examens.

—Olympe, si vous l'aimez, reprit-il au bout de cette heure qui avait passé comme une minute, à quoi sert de discuter? C'est moi qui le prendrai par la main pour l'amener dans vos bras. Votre mère aurait fait cela, je le ferai; c'est ma mission. Est-ce que j'aurai seulement une seule pensée pour moi, chère, chère enfant? Non, vous ne saurez même pas qu'au fond de mon cœur... mais, pour que vous ne le sachiez pas, je dois me taire.

Il réprima un soupir.

—Lucien! continua-t-il, c'est Lucien! Lucien mérite d'être heureux, puisqu'il a su vous plaire. Était-ce lui que votre mère rêvait? je n'en sais rien. Qu'importe? C'est de vous qu'il s'agit. Vous seule devez choisir.—Oh! certes, elle se faisait un tableau délicieux de votre bonheur, votre excellente mère. Si elle ne songeait pas à Lucien, c'est qu'il n'est qu'un enfant à côté de vous: l'homme reste toujours plus jeune que la femme. Elle voyait, elle voulait votre tête charmante appuyée contre un sein viril, contre un cœur fort! Les mères savent la vie. Les mots: Je t'aime quand ils sont dits par un homme doivent venir d'en haut et non pas d'en bas....

—Lucien est un noble cœur, dit Olympe sans colère. Lucien est au-dessus de moi. J'aime Lucien.

—Qu'il soit donc le plus heureux des hommes! mais qu'il vous aime, Olympe, comme vous méritez d'être aimée! qu'il vous donne ce paradis d'amour auquel nulle femme autant que vous n'a droit sur la Terre! qu'il sache entraîner votre jeunesse dans ces jardins de volupté où Dieu veut que soit consommée la sainte union des cœurs! Olympe, Olympe, il faut un divin amour pour une divine créature! Olympe! fille du ciel!...

Il était pâle et ses yeux brûlaient.

Elle était plus pâle que lui.

Quelque chose de plus fort qu'elle-même rivait sa prunelle à ce regard de serpent qui pénétrait jusqu'au fond de son être.

Il avait glissé son bras derrière la taille d'Olympe. Le savait-elle?