Le grolet[2] a commencé vers huit heures, et le bain de sueur en même temps. Il n'y voyait plus rien depuis le midi.
On ne pouvait pas savoir s'il avait perdu la parole, car voilà bien huit jours qu'il n'avait prononcé un mot, sauf pour son testament et sa confession.
À dix heures le grolet a cessé. Il a essayé encore de se mettre sur son séant et il a parlé.
Ça peut-il s'appeler parler? Jésus Dieu! ce que c'est que de nous! J'ai vu cet homme-là si vivant! J'ai compris qu'il demandait le grand tiroir où il mettait ses médailles. J'ai couru le chercher. Il n'a pas vu. J'ai dit: «Voilà le médailler.» Il n'a pas entendu.
Il a pris ses draps à poignées.
Sa figure a ressuscité un petit peu et il a soulevé sa tête à plus d'un pied de l'oreiller; alors il a dit presque avec sa voix de vivant: «—Madame, Dieu me fait la grâce de ne pas vous maudire!»
Et sa tête a retombé comme coupée, car elle a rebondi sur le traversin deux fois.
—Et bonsoir! il n'y avait plus personne? interrompit Louaisot qui avait donné des marques d'impatience pendant le récit. Louette se détourna pour faire un signe de croix.
—Que Dieu ait pitié de nous à notre heure! répéta-t-elle.
—Mais d'ici là, ma grosse, interrompit encore Louaisot, faisons notre ouvrage comme de jolis enfants. Tu n'as qu'à retourner à la maison. J'espère que Mme la marquise sera sage. Si elle n'est pas sage, tu lui diras que j'ai fait une petite course en carriole avec l'enfant, ce soir.... Un joli petit gars, ma parole!