—C'est bien, tout le monde ronfle. Travaillons!
Je suis un pauvre misérable. Je n'ai pas reçu d'éducation. Je n'ai pas connu mon père; c'est à peine si ma mère m'a dit, quand j'étais tout enfant: ceci est bien ou ceci est mal.
J'ai vécu depuis ma plus petite jeunesse dans cette maison de notaire campagnard où personne n'avait ni foi ni loi. Le père était un coquin prudent, le fils un scélérat audacieux, voilà toute la différence. Je ne connais pas d'être qui ait été plus cruellement abandonné que moi.
Et pourtant, si le patron m'avait dit tout de suite à quel rôle il me destinait dans cette téméraire, dans cette extravagante tragédie où la profanation allait être poussée jusqu'à l'incroyable, j'aurais tendu mon front au canon de son revolver.
Mais il se garda bien d'expliquer son plan tout de suite. Cela vint petit à petit, et tout le temps il me fit boire de l'eau-de-vie.
D'abord, on ne parla que de changer les draps du mort.
Pourquoi? Louette s'en doutait peut-être, moi je ne devinais pas.
On se mit à cette tâche avec une activité singulière. Le corps du marquis fut pris par Louaisot et Louette qui le déposèrent sur un sopha.
Mais au lieu de changer les draps tout simplement, les matelas furent enlevés et Louette fut chargée de les échancrer tous les deux selon un dessin que Louaisot traça sur la toile avec de la craie.
Je puis donner une idée de ce crénelage en le comparant au trou semi-circulaire pratiqué dans certaines tables de travail de l'état de peaussier.