—Comme ça, tu pourras signer, dit Louaisot, à tâtons, c'est vrai, mais qu'importe? Dans l'état où est le pauvre monsieur, on n'a pas une belle écriture. Plus tu barbouilleras, mieux cela vaudra. D'ailleurs, je te tiendrai la main.... Sors de là, petiot, tu n'as pas besoin de te fatiguer d'avance.
Si j'avais de l'imagination, j'aurais arrangé toute cette histoire-là, et je n'aurais pas montré les ficelles de mes marionnettes avant de les mettre en scène, mais je ne sais pas raconter autrement qu'en suivant l'ordre et la marche de ce qui se passa sous mes yeux.
Louaisot paraissait content. Il passa un instant derrière le rideau, et nous entendîmes quelqu'un qui appelait Louette d'une voix faible.
Louette tenait je ne sais quoi à la main et cela tomba.
Elle se mit à trembler si fort que sa jupe allait et venait, et son bonnet se souleva sur ses cheveux qui se hérissaient.
—Jésus Seigneur! fit-elle, notre monsieur a parlé!
Moi, je me doutais bien que c'était le patron, mais la voix était si miraculeusement imitée et sortait si bien de la bouche entrouverte du marquis que tout mon corps n'était qu'un frisson.
Je me souvins de la leçon que le patron avait prise avec le ventriloque et qu'il avait payée un billet de mille francs.
Il ressortit de derrière le rideau. Louette et moi nous reculâmes.
C'était un vieil homme à cheveux blancs qui venait à nous d'un pas vénérable et nous demanda: