Pour le coup, il fut impossible de retenir la curiosité générale: on rompit les rangs, et tout le monde se précipita pour voir.

Pour voir cette signature qui venait presque de l'autre monde!

Il n'y avait pas à espérer qu'elle ressemblât beaucoup à celle du marquis en bonne santé. Il avait écrit son nom à tâtons, puisque sa tête n'avait pu quitter l'oreiller.

Elle ne ressemblait pas, en effet, au seing large et hardi du vieux gentilhomme, elle ne ressemblait même à rien du tout, sinon à la maculature que laisserait sur un papier blanc la griffe noircie d'un chat.

Et pourtant, il se trouva là, nombre de gens pour la reconnaître, surtout ceux qui ne savaient pas lire, et Me Pouleux lui-même, essuyant ses bésicles en amateur, déclara qu'il y avait «quelque chose».

Mais le savant médecin de Paris fut plus sévère.

—Puisque je me suis mêlé de cette affaire-là, dit-il, je veux qu'elle soit bien faite. Nous avons ici les témoins et le notaire. Je désire, et ce sera l'opinion de M. le marquis, qu'un acte de notoriété soit dressé pour appuyer cette informe signature. Ces braves gens ne refuseront pas d'affirmer par écrit ce qu'ils ont vu.

—Ah! dame non! firent trente voix empressées, pour quant à ça, je sons des vrais témoins pour du coup! Me Pouleux ne put faire d'objection, c'était un article de plus à ajouter à son mémoire.

Le clerc se remit à sa place et bâcla un acte à joindre au testament qui était une sorte de procès-verbal et certifiait véritable la signature hiéroglyphique de M. le marquis de Chambray. Après lecture, tous ceux qui savaient signer signèrent. Les autres firent leur croix. Seule, Mme la marquise repoussa l'acte en détournant la tête.

—Êtes-vous satisfait, M. le marquis? demanda le célèbre docteur.