Le baron achevait sa vie dans l'ornière où il l'avait versée. La baronne, attaquée de la poitrine, et minée par le chagrin, ne devait pas, selon l'apparence, fournir une bien longue carrière.—Mais Jeanne était toute brillante de jeunesse et de santé.

Il y avait enfin, toujours entre le patron et le trésor, objet de sa passion, deux personnes qu'il faut bien faire entrer en ligne de compte pour éclairer le jeu extraordinaire de cet homme:

La marquise Olympe qu'il tenait par l'enfant, mais dont la fière nature était susceptible de révolte, et M. Lucien Thibaut pour qui la même Olympe conservait au fond de son cœur un amour entêté et—selon M. Louaisot—absolument inexplicable.

Moi, telle n'est pas mon opinion. Je comprends très bien l'obstination d'une sympathie enfantine qui a pour objet un homme remarquablement beau, noble d'intelligence, grand de cœur et n'ayant contre lui qu'une candeur de caractère qui peut inspirer de la pitié à M. Louaisot mais caresser au contraire ce qu'il y a de tendre dans l'imagination d'une femme.

Je raisonne, moi aussi, et Stéphanie m'aide: Mme la marquise de Chambray, étant donnés le secret de son adolescence, les douleurs, les dangers de sa jeunesse, devait laisser précisément son cœur aller vers ce rêve d'amour pur qui, pour elle, s'appelait Lucien Thibaut....

Quoi qu'il en soit, M. Thibaut, à son insu, était dans l'affaire.

Son nom se trouvait couché sur la liste des obstacles vivants qui gênaient la mécanique de M. Louaisot.

Mais en même temps, comme le fils d'Olympe lui-même, il pouvait être utile en qualité de mors à fourrer dans la bouche de la belle révoltée.

Aussi Louaisot, donnant les cartes d'une main sûre, a servi parfois des atouts à ce pauvre M. Thibaut, qui jouait à l'aveuglette.

Et maintenant que penser d'Olympe, ce miraculeux trésor de beauté? Faut-il la plaindre comme une martyre? Faut-il l'exécrer comme la principale complice du bourreau?