Déjà de mon temps, le patron travaillait à résoudre ce problème de haute algèbre-coquine.

Il avait trouvé cette formule mathématique: détruire la première tête par la seconde et la seconde par la loi qui aurait à châtier le meurtre de la première.

Cartouche et Mandrin étaient en vérité de bien naïfs scélérats à côté de nos calculateurs modernes.

Car ce problème étant proprement résolu, la troisième ligne devenait première et pouvait se laver les mains de l'accident qui fauchait les deux autres.

On dira tout ce qu'on voudra, le patron avait du talent.

Le lecteur peut se souvenir d'une double rencontre que nous fîmes, M. Louaisot et moi, dans le jardin du Palais-Royal: la petite Jeanne Péry d'un côté, conduite par sa mère, et de l'autre la petite Fanchette, plus âgée d'un an, émancipée par l'abandon et la misère, et faisant toute seule son métier de revendeuse de plaisirs.

M. Louaisot n'avait alors que faire de Jeanne ni de Mme Péry, mais il s'était donné le soin d'acheter des plaisirs à Fanchette.

Et en le voyant causer avec l'enfant, je m'étais dit tout de suite: Ce n'est pas pour le roi de Prusse que le patron gaspille ainsi dix sous et dix minutes!

Cette Fanchette était vraiment une jolie petite fille, résolue et gaie, qui prenait son sort en joyeuse part.

M. Louaisot, depuis ce jour-là, s'arrangea de manière à ne la plus perdre de vue, et même quand elle eut monté—ou descendu—en grade, quand elle fut devenue la maîtresse de cet Albert de Rochecotte dont la devise était «on n'épouse pas Fanchette», M. Louaisot l'accostait encore partout où il la rencontrait pour lui donner ou lui demander des nouvelles du pays.