Le patron savait cela. Car il continuait de faire à sa protégée des visites sobres et rares. Les médecins causaient volontiers avec lui. Ils voyaient en lui un philanthrope et un homme du monde désireux de s'instruire.
Bien entendu, personne à l'hôpital ne se doutait de la lugubre aventure qui avait marqué la dernière fugue de Laura Cantù. Le corps de Joseph Huroux avait été relevé en un lieu où de pareilles épaves ne sont pas rares. On avait fait autour de lui cette enquête décente et résignée qui semble conclure toujours ainsi: «Où trouverait-on des pommes, sinon sous les pommiers?»
Et comme il avait ses papiers sur lui, on l'avait régulièrement mis en terre.
Au moment où nous sommes arrivés, nul ne se souvenait de cela, et Laura Cantù moins que personne.
J'ai dit que les batteries de M. Louaisot étaient prêtes. Depuis quelques semaines en effet, il avait recommencé à agir sur la pauvre imagination de la Couronne. Il lui parlait à mots couverts d'une rumeur bizarre qui courait dans Paris: il y avait un démon, ennemi des jeunes mères, un Vampire qui avait deux existences et qu'il faudrait tuer deux fois.
La Couronne écoutait cela. Son cerveau travaillait.
Elle gardait le secret comme un conspirateur à qui on a confié l'espoir de la lutte prochaine....
Dès que François Riant fut parti pour l'Isle-Adam, M. Louaisot se rendit à la Salpêtrière. Il causa un quart d'heure avec Laura qui était ce jour-là très calme, avant sa venue.
En la quittant, il lui serra la main et lui dit:
—Voici bien longtemps que le petit enfant n'a eu de fleurs....