Il faudrait d'abord l'étrangler dans son sommeil, sans hésitation ni pitié, car s'il s'éveillait tout serait perdu.

Ensuite, il était nécessaire de lui porter un grand nombre de coups avec la seule arme qui eût le pouvoir de percer sa chair maudite: une paire de ciseaux enchantée qu'une pauvre mère en deuil avait fait bénir par le saint archevêque de Grant, primat de Hongrie....

Or, racontez donc de pareilles faridondaine à des juges en robes noires ou rouges! Ils aiment bien mieux croire aux vraisemblances que M. Louaisot leur sert toutes hachées dans une assiette avec du persil par-dessus.

Les juges qui ont sous leur bonnet carré une tradition vieille de tant de siècles, une expérience perfectionnée à travers tous les âges du monde, ne savent pas encore que les virtuoses du mal n'ont qu'un but: abriter leurs actes derrière l'impossible.

Les docteurs ès-crime ne se servent jamais de la vraisemblance que pour mentir.

Et l'entêtement des gens raisonnables, des esprits droits, des imaginations correctes, de tous les hommes comme il faut, enfin, attachés à cette routine qu'ils ont l'obligeance d'appeler le bon sens, font, hélas! souvent la partie trop belle aux malfaiteurs bien appris....

Vénérés maîtres, en fait de chasse, il y a aussi deux bons sens: le bon sens de M. le vicomte dont le gibier court encore quoique ce gentilhomme ait des culottes de chez Geiger, et le bon sens de Gros Pierre, l'affûteur de nuit, qui n'a pas de culottes, mais qui tue le gibier.

La Couronne écoutait ce que lui disait Louaisot avec une curiosité avide. Elle baisa les ciseaux bénis et les glissa sous les plis de son corsage.

François Riant était de retour de son voyage quand Laura et le patron revinrent à la maison. Riant avait mis sa lettre à la poste de l'Isle-Adam. La lettre devait arriver au bureau d'Auteuil à neuf heures. Le patron s'enferma avec Riant.

Pour gagner ses cinquante louis. Riant devait glisser une préparation opiacée, que le patron lui donna, dans le chambertin, débouché au dessert pour le comte Albert de Rochecotte et Fanchette sa maîtresse. La préparation était dans un flacon portant l'étiquette du pharmacien. Ce n'était pas du poison. Riant s'y connaissait. Il demanda selon sa coutume.