Il referma le livre et reprit:

—Sans la conscience, la profession ressemblerait à n'importe quel métier. Qu'est-ce qu'il y a pour votre service?

—On m'a fait espérer, répondis-je, que vous me prêteriez votre aide pour trouver l'adresse d'un ami à moi que je cherche vainement.

—On a eu raison, répliqua M. Louaisot. Aucune personne vivante n'échappe à l'organisation de mes bureaux. Pour les personnes décédées, j'indique non seulement le cimetière, mais la position exacte du monument. Quel est le nom de votre ami?

—Lucien Thibaut, juge... peut-être ne l'est-il plus... mais très certainement ancien juge au tribunal de première instance d'Yvetot.

M. Louaisot de Méricourt avait fait un brusque mouvement qui était tombé juste sur le mot juge, et c'était là ce qui m'avait porté à me reprendre. J'eus lieu de penser plus tard que ce n'était pas le mot juge, mais bien le nom lui-même qui avait troublé un instant le calme olympien de sa physionomie, au moment même où il venait de me laisser entrevoir la toute-puissance de son organisation. Il s'agita sur son fauteuil, piqua du doigt l'armature de ses lunettes et fit mine de chercher quelque chose sur son bureau. Je ne sais s'il le trouva, mais sa tranquillité était revenue quand il ramena sur moi le regard clair et affilé de ses grands yeux en prononçant cette phrase laconique:

—Pas d'autres détails?

Je lui passai une note préparée à l'avance et qui contenait toutes les indications qu'il m'était possible de fournir.

Il dépensa un peu plus de temps que de raison à prendre connaissance de ma note.

Pendant qu'il lisait, je l'entendis fredonner très bas, de façon à ne point manquer aux convenances, la romance bien connue: