La marquise Olympe était là-dedans, jusqu'au cou. Elle avait commencé à travailler avec Louaisot après l'Affaire des ciseaux, ou du moins elle avait profité sans scrupule de l'affreuse position où se trouvait sa rivale pour l'écraser.
Lors du scandale cruel qui eut lieu à la porte de l'église d'Yvetot, l'arrestation de Jeanne Péry, la marquise était complice, sinon mieux encore. Elle avait une blessure cuisante à venger.
Lors de l'évasion elle était à la tête du complot. L'avis de Louaisot était qu'il fallait laisser aller les choses. Il tenait par amour-propre d'auteur à ce chef-d'œuvre du genre: le réseau d'apparences et de preuves qui enlaçait Jeanne et la jetait d'avance, ficelée comme un colis, dans le tombereau de la guillotine.
La marquise ne voulait pas que Jeanne mourût.
Aussi ai-je pu affirmer à mon cher bienfaiteur, que la marquise a menti quand elle a dit: «Jeanne est morte».
Seulement, il y a deux genres de mort, au point de vue des successions qui s'ouvrent: la mort naturelle et la mort civile. L'une vaut l'autre devant la loi.
La marquise Olympe qui ne pouvait pas tuer Jeanne dans le sens naturel du mot, voulait la tuer civilement.
Or, pour cela, il suffisait de laisser à l'arrêt par défaut qui frappe Jeanne le temps de devenir définitif.
Voilà pourquoi Jeanne a disparu.
Je ne crois pas que, désormais, les mouvements de Mme la marquise soient guidés par l'amour ni même par la jalousie. Je ne sais si l'amour est mort, mais je suis sûr que l'espoir est perdu.