Quand sa phrase fut finie, je saluai.

Il me reconduisit jusqu'à la porte de l'escalier avec une rare bienveillance, protestant qu'il se mettait tout entier à mon service et me demandant s'il n'aurait pas bientôt le plaisir de lire un nouveau roman de moi.

Moi, je ne le cache pas, j'aime un peu de gravité chez le juge, un peu de hâle sur la joue du soldat, comme il me faut un peu de modestie chez la jeune fille et un peu d'accord dans mon piano.

Mais je mentirais lâchement à ma conscience si je n'avouais pas que M. Cressonneau aîné était un joli avocat général et qu'il ne déparait point la jeune école.

Ma démarche se trouvait être si carrément inutile que je l'oubliai presque aussitôt que je fus dans la rue. Je me fis reconduire chez moi au galop. La nuit était tombée quand j'arrivai rue du Helder.

Je trouvai Lucien installé dans ma chambre à coucher et occupé à parcourir les œuvres de J. B. M. Martroy.

Mon premier regard le toisa de la tête aux pieds avec inquiétude, car, à cette heure de crise suprême, j'eusse bien mieux aimé agir seul que d'avoir près de moi un malade ou un fou.

Il était rasé de frais, coiffé avec soin, vêtu selon la plus rigoureuse élégance. On n'eût pas trouvé, le long du boulevard, à l'endroit propice, entre le café Foy et Tortoni, beaucoup de jeunes messieurs possédant au même degré que Lucien la tenue du vrai gentleman.

Il avait beau être un homme de loi d'Yvetot; dès qu'il voulait, Paris brillait en lui, et je ne pus m'empêcher de comparer cette fière élégance à la petite fashion de M. Cressonneau aîné.

Ce qui m'importait davantage encore, l'expression du visage de Lucien était mâle et tranquille.