Dès le premier pas que je fis sur le trottoir, je vis venir à moi une femme pauvrement habillée qui boitait en marchant et qui tenait son mouchoir sur sa bouche.

Elle m'accosta tout essoufflée et fut quelque temps avant de pouvoir parler.

—Vous êtes M. de Rœux, me dit-elle enfin, je vous suis en courant depuis la rue de Helder. Je n'ai pas perdu de vue le fiacre. Ah! si vous saviez le malheur! Je vis alors seulement que ses yeux étaient tout sanglants de larmes.

Je ne comprenais pas encore pourtant. Elle reprit:

—Il est mort, Monsieur! Ils me l'ont tué! C'est la folle! La Couronne....

—Martroy! m'écriai-je.

Stéphanie, la pauvre créature, chancela et je la soutins dans mes bras.

—Sa dernière pensée a été pour son bienfaiteur, comme il vous appelait, dit-elle, il m'a dit: «Porte-lui ma lettre, je ne lui écrirai plus...» et pourtant, il a pu mettre encore un petit mot au bas avant de mourir. Voici la lettre... et je retourne là-bas, Monsieur, car mon vieux maître n'est pas un bon malade.

Elle me quitta en effet, courant par cahots et s'épongeant les yeux.

Je m'approchai d'un magasin, et je lus la lettre de Martroy à la lueur du gaz.