—Madame, a reprit Louaisot, l'heure vient où serrer ne suffit plus. Pensez-vous que je veuille attendre le bien-être jusqu'à ma soixantième année? Je crois avoir temporisé suffisamment; je veux agir.

La voix d'Olympe, nette et froide, a prononcé ces mots:

—Jamais je ne serai votre femme.

Après cette réponse, il y a eu un silence, puis Louaisot a repris:

—C'est donc la guerre déclarée! Vous serez brisée, je vous en préviens. Je le regrette. Je vous aurais rendue heureuse. Vous êtes merveilleusement belle. Jeanne morte, il est impossible que M. Lucien Thibaut ne revienne pas à vous. C'est une affaire de temps.

La marquise a dit:

—Vous me faites horreur.

—Les mœurs modernes, continua Louaisot, admettent de plus en plus ce genre de compromis. Je ne vous gênerais pas, j'ai mes habitudes. Vous seriez entre l'ami de votre enfance et votre fils, à qui, d'avance, j'ai donné son nom....

—Vous me faites horreur! répéta la marquise Olympe.

—Moi, vous me faites pitié! s'écria Louaisot, se fâchant de nouveau. D'où sortons-nous donc, s'il vous plaît, ma pupille, pour afficher de semblables pruderies? Je croyais que nous avions été élevée à une école... oh! vous avez beau me foudroyer du regard, la patience a des bornes, et l'excellent M. Barnod savait à quoi s'en tenir sur les dames d'apparence sévère....