Au centre se trouvait une sorte de tabernacle, ouvert de notre côté, et formé de rideaux de soie. Dans cette tente, éclairée par une grande lampe de salon à globe de verre dépoli, il y avait deux pauvres petites couchettes en fer, quelques fauteuils de velours brodé d'une rare élégance et un canapé dont la couverture en tapisserie des Gobelins éclatait des plus riches couleurs.

Sur le canapé, deux jeunes femmes, qui semblaient être deux épreuves tirées de la même beauté, entouraient de leurs bras une troisième femme prosternée et comme affaissée à leurs pieds.

Sur le guéridon en laque de Chine, qui supportait la lampe, il y avait des ouvrages d'aiguille.

À l'instant où nous tournions, M. Ferrand et moi, l'angle de la galerie, une des jeunes femmes du canapé se levait en poussant un cri et se pendait au cou de Lucien, foudroyé par la joie.

M. Ferrand me quitta et prit un élan suprême qui le porta jusqu'au centre de la tente, où il tomba brisé, portant à ses lèvres, de ses deux pauvres mains qui tremblaient, le vêtement de la femme prosternée.

Celle-ci ne prit même pas garde à lui.

Elle releva la tête pour regarder Lucien, rien que Lucien, et je reconnus l'admirable beauté de la marquise Olympe de Chambray.

Lucien détourna d'elle son regard.

La marquise Olympe pencha sa tête de nouveau, et je vis une larme au bord de sa paupière.

Dire à quel point elle était belle est au-dessus de mon pouvoir. Cette larme la transfigurait à mes yeux. Mon cœur s'élançait avec une inexprimable passion vers cette mourante que j'aurais voulu ressusciter au prix du bonheur de ma vie.