On l'a accusé de devoir sa fortune à cette source impure: la succession du dernier vivant de la tontine des fournisseurs.
Moi qui m'honore si profondément d'être son ami, j'affirme sur l'honneur qu'à l'heure même de sa pauvreté, il a rejeté loin de lui cette fortune avec dégoût.
Et je déclare, les mains pleines de preuves, que le fruit du vol,—du vol le plus monstrueux qui se puisse punir ici-bas, le vol des fournisseurs, le vol qui dépouille et qui désarme nos soldats en face de l'ennemi, le vol, car c'est un vol pareil (et qu'il soit à jamais maudit!) qui nous coûte peut-être, à l'heure présente, deux provinces françaises et dix milliards,—je déclare, dis-je, que la succession de Jean Rochecotte, le dernier vivant des cinq fournisseurs a fait retour intégral à l'état, dès l'année 1866.
Il me reste à dire en peu de mots comment notre bien-aimée Jeanne fut réhabilitée.
Lucien, comme de raison, se hâta d'introduire une opposition à l'arrêt par défaut qui condamnait sa femme.
Le jour de l'audience, car il n'y eut qu'une audience et qui ne fut pas longue, deux avocats prirent place au banc de la défense.
Le premier était Lucien lui-même, le défenseur de sa femme, comme la sympathie du barreau tout entier l'avait déjà surnommé.
Le second était Me Ferrand, un débutant à cheveux gris, qui avait donné sa démission le 1er août, jour où le Moniteur Universel inscrivait sa nomination en qualité de président de chambre à la cour impériale de Paris.
Mais la tâche de Lucien et de M. Ferrand fut à peu près nulle.
Tout l'honneur de la journée revint à M. Cressonneau aîné, avocat général, qui occupait le siège du ministre public.