Allons donc! mon Lucien! épouser une aventurière sans le sou!

Les Moreau ont fait des pertes dans le Crédit mobilier. Ça les aigrit. Ils voudraient voir des désagréments à tout le monde.

Je commence. Il y a donc d'abord Mlle Sidonie de la Saudraye, bien venu 3.700 francs de rentes, en chiffre rond. Espérances à peu près autant. Les parents ne sont plus très jeunes et la maman tousse.

Pas jolie de figure, mais taille superbe—elle est aussi grande que toi;—un peu maigrette et longuette, mais, avec du coton, ni vu ni connu; les cheveux un petit peu roux, mais les blondes sont à la mode, un petit peu jaune de teint, mais on aime les pâles à présent, et elle a une gentille pointe rouge au bout du nez qui la relève: bonne orthographe, gentille écriture, joli caractère, une voix agréable comme un flageolet, et bien pensante.

Tu sais? tu lui plairas du premier coup. Tout le monde lui plaît. Il faut penser à ta timidité. Sidonie est si bonne, si bonne, si bonne qu'on y entre comme dans du beurre, mais une conduite! Tu vois, je l'ai mise la première. C'est presque ma candidate.

Passons au n°2, qui est Mlle Maria Mignet, la fille du receveur: une simple pension de mille écus pour dot et l'héritage de son oncle en perspective. Ne fais pas la petite bouche, coco: il y a, dans le ventre du receveur, les moulins du Theil, les trois fermes de la Rivière et une part dans la forêt de Blené. Je ne lâcherais pas le tout pour deux cent mille francs, au bas mot. Hé?

Tu peux même mettre deux cent cinquante. Le receveur est veuf. Il a soixante-cinq ans et cinq mois. Sa goutte a déjà remonté l'année dernière.

Quant à Maria elle-même, vingt ans juste, toute rose, toute ronde, des dents de lait, des cheveux de soie, élevée au sacré-cœur de Rouen, jouant du piano mieux qu'une serinette, apprenant le catéchisme aux petits enfants du quartier, enfin un joli parti tout à fait.

Je ne parle même pas de la conduite.

C'est la protégée de Julie....