—Parce que vous ne me l'avez pas ordonné.

—Qu'est-il besoin?...

Le passeur l'interrompit.

—Penhoël, dit-il d'un ton triste, je n'ai pas beaucoup de jours à vivre désormais... mon corps est à vous, mais je veux garder mon âme... Je vous ai donné un bon conseil, c'est tout ce qu'un serviteur peut faire... Voulez-vous encore sauver ces étrangers au risque de votre vie sur cette terre et de votre salut dans l'autre monde?

—Je le veux!... prononça Penhoël à voix basse.

—Eh bien! donnez-moi vos ordres tout haut, afin que Dieu et le démon les entendent... Je sais bien que je ne sauverai pas mon corps... ces gens me tueront: c'est la loi mystérieuse... Mais la Vierge aura pitié de ma pauvre âme!

—Et moi?... murmura involontairement Penhoël.

—Vous?... Avant de vous tuer, ils vous damneront!

Il y eut un silence dans le bateau qui fuyait toujours emporté par l'eau bouillonnante.

René de Penhoël eut honte de lui-même.