—Je suis étranger, répliqua-t-il, et je n'ai jamais vu le vicomte de Penhoël. Mais je venais dans cette partie de la Bretagne pour une affaire qui le regarde, ainsi que sa famille; j'avais lieu de penser qu'il serait mon obligé... Désormais les rôles sont intervertis, et je vais être contraint d'implorer son hospitalité, qui est ma seule ressource.

Une foule de questions se pressaient sur la lèvre de René, mais il les contint pour répondre seulement:

—L'hospitalité de Penhoël ne manque à personne, monsieur; nous allons vous conduire au manoir.

Le chaland touchait l'arrivoir du Port-Corbeau. René de Penhoël aida successivement les deux voyageurs à débarquer.

—Prenez mon bras, dit-il à Robert; la côte est rude; Benoît, soutiens l'autre étranger.

—Pas pour tout l'or de la terre!... répondit le passeur qui s'éloigna de Blaise comme on eût fait d'un homme atteint de la peste.

Il gagna sa loge située à une centaine de pas de là, et décrocha la petite lanterne suspendue au-dessus de la porte. Puis il revint vers Penhoël et ses deux hôtes qui montaient lentement la colline.

Il porta la lumière de sa lanterne sur le visage de Robert, puis sur celui de Blaise, et les examina durant quelques secondes en silence.

—Penhoël! Penhoël! dit-il ensuite de sa voix creuse et pleine d'emphase, vous l'avez voulu!... Que Dieu vous pardonne!

Une de ses mains touchait l'épaule du maître, l'autre désignait Robert de Blois.