—J'attends les ordres de monsieur, dit l'Endormeur qui gardait au coin de sa lèvre un reste de sourire sceptique, mais dont le regard indiquait une singulière curiosité.
—Vous allez descendre, reprit l'Américain d'un ton de commandement; sans faire semblant de rien, vous sortirez dans la rue et vous lirez l'enseigne de l'auberge.
—Jusqu'à présent, murmura Blaise, ça ne me paraît pas la mer à boire!
—Une fois pour toutes, répondit Robert en reprenant sa familiarité accoutumée, il faut bien te mettre dans la tête que j'agis d'après un plan raisonnable, et que les commissions dont je pourrais te charger auront toute leur importance... Ris tant que tu voudras, mais exécute mes ordres à la lettre, ou je ne réponds de rien!... Tu vas donc lire l'enseigne de l'auberge, et me rapporter le nom de notre hôte... En revenant, tu prieras le brave homme de monter me parler... va!
Blaise sortit.
Le jeune M. de Blois, resté seul, se prit à parcourir la chambre de long en large.
Sa tête travaillait énergiquement, et des paroles sans suite tombaient par instants de ses lèvres.
C'était véritablement un cavalier assez remarquable. La redingote indivise que bourrait naguère le gros corps de Blaise dessinait la grâce souple et forte de sa taille. Il y avait de l'intelligence et de la volonté sur les traits réguliers de son visage bruni; mais, dans ce moment où il se savait à l'abri de tout regard, son œil avait plus que jamais cette étrange expression d'inquiétude qui déparait sa physionomie. On lisait dans sa prunelle mobile et comme tremblante une sorte d'agitation maladive, agissant à l'encontre d'une hardiesse apprise.
Cet homme devait oser beaucoup, mais trembler en osant.
Deux ou trois fois, dans sa promenade, il s'arrêta devant le lit où reposait sa compagne de voyage. La belle Lola dormait toujours, subissant l'effet d'une lassitude accablante. L'étape de la matinée avait été rude, puisque Robert et Blaise, jeunes et forts tous les deux, étaient arrivés haletants et brisés de fatigue.