Tandis que ses deux sœurs et Roger de Launoy subissaient de plus en plus l'effet de cette tristesse morne qui oppressait les hôtes du manoir, Vincent se prit à sourire parce que l'Ange souriait à son rêve.

Durant quelques secondes, la pure beauté de l'enfant s'éclaira d'un rayon de joie. Une teinte rose vint colorer sa joue, et sa bouche s'entr'ouvrit comme pour murmurer de caressantes paroles...

Vincent avait les mains jointes et retenait son souffle.

Puis le sourire de Blanche se voila peu à peu; un nuage douloureux descendit sur son front. Elle s'agita faiblement contre le sein de sa mère.

Puis encore, éveillée par le silence, peut-être autant que par son rêve, elle se dressa, effrayée, en poussant un faible cri.

En voyant s'ouvrir ses yeux bleus, doux comme l'amour d'un enfant, on eût compris pourquoi la poésie des bonnes gens de Bretagne l'avait surnommée l'Ange.

Elle jeta tout autour d'elle un regard où il y avait un reste de crainte; puis elle étendit ses jolis bras demi-nus pour se pendre au cou de sa mère.

—Oh!... dit-elle tout bas, comme cela m'a fait peur!... je l'ai vu! je l'ai vu!...

Dans le silence contraint qui pesait sur la salle, sa voix arrivait aux oreilles de chacun.

—Sais-tu de qui je parle?... reprit-elle voyant que sa mère ne l'interrogeait pas; tu m'as dit souvent combien il était beau et bon!... oh! je l'ai bien reconnu tout de suite!...