Au bout de deux ou trois minutes, une bonne odeur de cuisine, montant des profondeurs du rez-de-chaussée, filtra par les fentes de la porte et vint embaumer l'atmosphère de la chambre.
L'Endormeur se redressa et aspira une forte bouffée de cet air tout plein de promesses. Ses narines se gonflèrent; sa face s'épanouit en un gros sourire gourmand.
—Au diable! s'écria-t-il presque gaiement; nous aurons le temps de nous battre quand les sept francs seront mangés!... Aide-moi à rapprocher la table, Robert... Nous allons trinquer encore une fois, les pieds au feu, comme de bons camarades!
L'Américain ne fit pas plus d'attention à ce retour subit de joyeuse humeur qu'à la récente colère de Blaise. Il prêta son aide sans mot dire, et la table fut poussée jusqu'auprès du foyer.
La servante revenait en ce moment avec une magnifique omelette et une épaule de mouton à peine entamée.
Nos deux compagnons s'assirent l'un vis-à-vis de l'autre, et durant un gros quart d'heure, leurs bouches pleines ne donnèrent passage qu'à de rares paroles. C'étaient deux vaillants mangeurs; Blaise surtout engloutissait les morceaux avec un entrain au-dessus de tout éloge.
L'omelette et l'épaule de mouton s'évanouirent, arrosées par un petit vin nantais qui se buvait comme du cidre.
Il ne resta bientôt plus sur la table qu'un os merveilleusement nettoyé, avec un tout petit morceau de fromage.
Blaise tendit le bras pour saisir cette dernière proie, mais il rencontra la main de Robert, qui semblait vouloir défendre l'assiette.
—Nous partagerons, dit-il en riant.