Cyprienne était toute pâle et tremblait à le regarder.
La lumière de la résine n'éclairait guère que le grabat et un billot de bois sur lequel reposait un pot d'eau bénite avec son goupillon. Le reste de la chambre se perdait dans une demi-obscurité d'où sortaient çà et là, quand la résine crépitante jetait une flamme plus vive, les misérables objets qui composaient le mobilier du passeur.
Au dehors l'air était lourd; dans la loge on respirait à peine: l'atmosphère se chargeait de ces miasmes tièdes et froids qui semblent exhaler l'agonie.
Diane se tenait debout auprès du lit de Benoît Haligan.
Cyprienne s'était assise un peu à l'écart, et mêlait un breuvage dans une petite écuelle de faïence.
—Eh bien! Benoît... disait Diane, vous ne voulez pas nous répondre, ce soir?... Nous vous avons entendu chanter tout à l'heure, pourquoi vous taisez-vous maintenant?
Le vieillard ne répliqua point. Sa respiration, d'ordinaire bruyante et pénible, était si faible en ce moment, qu'on ne l'entendait plus.
—Ma sœur... ma sœur, murmurait Cyprienne effrayée, allons chercher le vicaire... Nous sommes peut-être dans la chambre d'un mort!...
Aucun mouvement du vieux passeur ne protesta contre cette crainte. Il restait toujours étendu, la bouche et les yeux ouverts, les bras en croix sur sa poitrine, pareil à ces statues couchées qu'on voit sur les anciennes tombes.
—Benoît... mon pauvre Benoît! reprit Diane, vous savez bien que nous vous aimons... pourquoi nous effrayer ainsi? Nous sommes venues bien tard ce soir, mais il n'y a pas de notre faute... Benoît, répondez-nous, je vous en prie!